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ORIGINE DES NOMS DE LIEUX-DITS Comme on l’a déjà vu dans certaines parties, et notamment dans le chapitre consacré aux voies romaines, les noms de lieus ne sont pas le fruit du hasard. La plupart du temps, ils nous dévoilent une tranche d’histoire. On constate aussi qu’ils ont été déterminés de manière différente selon l’époque de leur formation. Les toponymes les plus anciens rappellent souvent la vie de nos ancêtres gaulois puis gallo- romains. Tout d’abord Saint-Paul, semblant avoir été habité à l’âge de fer, avec sa chapelle dédiée à ce saint. Inutile de revenir sur Tréfoux, Périauds, La Reue, La Rue, Martray, l’Hopitaux, l’Hopital, La Motte et peut être aussi Santigny qui, comme nous l’avons vu, nous rappellent les premières véritables voies terrestres. Chaux (Godillons de Chaux) et Chauveny nous laissent dans le doute. Difficile de savoir s’ils viennent de « chaussée », employé pour désigner ces anciennes voies, ou du bas latin calmis, plateau dénudé, pauvre. D’autres noms témoignent de la présence des nombreux postes de garde, installés dans cette zone de frontière qui s’est déplacé en suivant les caprices du fleuve. - La Curesse (du latin « cura » : celui qui surveille), Forgeat (= lieu fortifié), dont l’étang beaucoup plus récent à conservé le nom, les Arcis ( arceo : tenir à distance, défendre), situés à des endroits des plus stratégiques, dominant la vallée et voisins de la motte de Villars. - Les Défences, à proximité des Mathets Sans oublier Beaulon, tiré du latin "bedelo", qui donnera aussi "bedeau" signifiant huissier, portier ou gardien Arrivent bientôt les premiers défrichements et le développement de l’agriculture avec les premières granges et les mats : - La grange du Riondois (Riondet), - La grange de Varenne qui se transformera en La Varenne. - La grange de Prunière qui donnera les Grangers et les Mathés - Le May (sans doute de « mas » : exploitation affermée à un paysan) Dans la même période, les hommes doivent se protéger. Ils construisent des mottes fortifiées dont certaines ont conservé leur noms jusqu’à aujourd’hui : - la motte du tureau (Les Turiers) - la motte de Maupertuis maintenant décalé plus au sud, sur la commune de Dompierre - la motte de Mons - La motte de Chézelles - La motte du Meuble - La motte de Villars, qui donnera les Breures de Villars transformées récemment en français correct, Les Bruyères. - Lamouche (la Moute), placé en bordure du fleuve D’autres noms très anciens semblent nous décrire les lieux au moment où les premiers hommes les ont investis. Ils peuvent également nous rappeler des activités de l’époque: - Bouxier, Bouquessier au XVème (sans doute du latin « buxifer » : lieu où pousse le buis) - Berlier - Chapuis (= charpentier en patois) - La Bassie, Bessays, la Bessaie, le Basset (de « bassie » : partie basse, souvent humide, marécageuse) - Petro, dont le moulin appartient en 1266 à Pierre Leprêtre, surnommé Petrus Au début du Moyen-âge, certaines mottes se transforment rapidement en châteaux ou maisons fortifiés entourées de leur pourpris dont certain toponymes rappellent les limites et l’organisation : - Gours (« gouis » au XVe siècle qui désignait en patois : la limite) - Marchat ( germ. marka : frontière, souvent utilisé pour désigner la frontière entre deux fiefs) - Les Barres (d’après Marguerite Rogier, les Barres viendraient de « barce » : retranchement, en rapport avec la maison seigneuriale de Villars) - L’Ouchette (de « louche » : verger, terre fertile) Nous arrivons alors à l’époque des Communautés agricoles. Ces dernières nous ont laissé de très nombreux toponymes, aux origines variées. Certains noms déjà existant ont été remaniés à l’aide des préfixes « les » (évoquant tout les habitants de la communauté) et « chez » (du latin casa, maison). On trouve aussi les suffixes « at » et « gny » (du gaulois iacum et du latin acum, domaine). - Les Gours - Les Berliers - Les Turiers - Les Chapuis - Les Pindons - Les Marchats - Les Bessays - Les Tréfoux - Les Périauds - Les Grangers - Les Charlats (« char » vient peut être de Pichard, ancien domaine et ancienne motte, cités dans les terriers de Chavanche, au Moyen-âge) - Chez Lamouche - Chez Lebeau - Chez Duboeuf Certains secteurs, encore vierge, ont été défrichés puis tenus par des familles dont les noms ont inspiré les toponymes en question : - Les Beluziaux (occupée par la famille Belluzeauds, cette communauté sera dissoute dès le 15 février 1661, sous Henry IX) - Les Vernets - Les Pacauds - Les Pelletiers - Les Grillots - Le Raclat (de Monnet Raclat, qui tenait ces terres au XVe s pour le compte de la châtellenie de Bourbon Lancy) - Les Mathés - Les Patoux (on retrouve le même nom sur la commune de Dompierre) - Les Bécauds, Les Desbots et les Paillots semblent avoir cette origine. Les Desbots, comme Les Charlats, proviennent en grande partie de l’ancien village de Cornière, dont certaines terres ont conservé le nom. Parfois on a l’inverse, le toponyme devient homonyme : - Les Pindons - Les Marchats - Les Berliers (du gaulois « berl », cresson de fontaine, de source) - Les Droyers - Les Bessays - Les Godillons (de « godille », constructeur de bateaux) Ce dernier nom nous rappelle que La Loire, elle aussi, nous à laisser des trace de son passage et de son activité : - Les Bars (désigne des amas de cailloux en bordure du fleuve ou parfois une frontière entre deux territoires) - Le Basset, dont la partie basse était encore régulièrement visitée par le fleuve au siècle dernier) - Jommesson (autrefois Sommeraye : lieu où la Somme rejoint la Loire) - La Grange Sabot : le mot « grange » est souvent employé au Moyen Age pour désigner une hostellerie, ce qui ne paraît pas impossible, vu sa position en bordure du fleuve. Mais, le toponyme « Ganche Sabot », utilisé sur l’autre rive (commune de Bourbon Lancy) jusqu’au XIXe siècle, nous laisse penser à un bras mort du fleuve. Il reste des exceptions difficiles à expliquer : La Noire, La Bredouillère, Briffaut, les Micauds et L’Aucrechat. Au XVIIIème, les communautés disparaissent et laissent la place aux domaines. Certains vont conserver le même nom, précédé, simplement, du mot « domaine ». D’autres vont se contenter de garder ou de prendre les suffixes « gny » ou « at » - Bassigny : domaine de La Bassie - Pétigny ( péti vient peut être lui aussi de Pichard, cité dans les terriers de Chavanche, au Moyen-âge) - Le Montat - Les Auvergeats (« auverge » viendrait de arvern : terre des sommets) - Le Brouillat (du gaulois « broglio » : champ, clairière) D’autre encore, très vastes, vont donner naissance, après partage des biens, à deux domaines : - La Grande et La Petite Bessaie Deux toponymes semblent nous rappeler le partage des terres entre ces nombreux copropriétaires: - Les Communes - Les Œufs (un peu partout, on retrouve des toponymes tels que « la leu » ou « la loeuf », rappelant l’existence de terrains exemptés de toute redevance : les francs- alleux) Par phénomène de mode, certains domaines prennent des noms qui pourraient laisser croire à d’anciennes communautés : - Chez le Mai (Metz au XIXe, venant de mat et désignant une exploitation affermée à un paysan) Certains lieux prennent le nom de l’activité qu’on y exerce : - Tuilerie, utilisé deux fois, dont l’une, après déformation du mot, deviendra Quillerie et l’autre prendra plus tard le nom « Les Cocas » - Les Peigniers, de « peigneur » de chanvre, situé à proximité de l’ancienne maillerie - Le moulin de la Voûte Les mottes féodales, elles aussi, laissent la place à des domaines, souvent issus de leurs basses-cours : - La Voûte, dont une partie des murs est construite avec les débris de l’ancien château du Martray. Le nom voûte vient de l’existence d’une grande salle en voûte. - Chézelles - Plus surprenant, Le Pied Gris Apparaissent aussi de nouveaux domaines ou plus souvent de modestes locateries ou loges, prenant le même nom que le domaine voisin, ou adoptant des toponymes inspirés de leur situation : - Varenne (du latin « varenna » : friche, terrain pauvre) - Locaterie des Arcis - Locaterie du Champ de la Porte (peut être en rapport avec l’ancienne maison seigneuriale de Villars) - Locaterie des Breures ou Bruyères de Villars (bruyère : terre inculte recouverte de ronces, genêts, bruyères, …) - Locaterie du Pré du Comte - Locaterie du Crot Plat , rappelant les nombreux gours du fleuve - Locaterie Pommeraie (tirant son nom de l’ancien bois de la Pommeraye) - Locaterie des Charmes - Locaterie du Planton (arbre mal élagué, en patois) - Locaterie Nicoux, qui deviendra Micauds à la fin du XIXème. - Locaterie de L’Houle (du germanique « hol » : trou, creux) située dans la partie inondable de la Loire. - Les Mauprés (mau : notion de pessimisme, mauvais) - Les Gances (du patois « ganche » : bras mort de rivière) - Le Louage Saulnier (inspiré du buisson de Saulnier, cité dès le XIVe siècle) - La Loge du Meuble rappelant que ce secteur dépendait de la seigneurie du Meuble - La Loge Chézelle - Valatte (Villatte vers 1800, sans doute du latin « villaticus » : adjectif de ferme, de métaierie) - Les Quarts (désignant des terres retranchées) Nous pouvons également rajouter le Petit Fans, quartier des gens pauvres, situé en bordure du « petit marécage » (fan en patois). Et la Maison Neuve, effectivement neuve à cette époque. Au XIXème siècle, on crée de nouveaux domaines, de nouvelles locateries, sur de nouvelles terres défrichées ou asséchées : - Santigny Neuf - Les Broussailles - La locaterie du Bois Brulé Cette dernière tendance va se prolonger au début du XXe avec : - Les petits Auvergeats - L’Etang Grillot Certains toponymes s’inspirent des activités actuelles ou anciennes : - La Garenne (rappelant souvent les anciens lieux de chasse seigneuriaux) - L’Abattoir - Les Muriers, la pièce des Muriers (rappelant la culture de cet arbuste et l’élevage des vers à soie, abandonné au début du siècle dernier) - Les Caboënnes (rappelant les anciennes cabanes de bûcherons et le bois de la Pommeraye) - Le chemin des malades (en rapport avec l’Hôpital) On en profite alors pour inventer de nouveaux toponymes, suivant les tendances du moment : - inspirés de saints connus : o Saint Roch o Saint Henry - évoquant une riche maison de campagne : o La Folie - utilisant des noms de fleurs, sensés donner un caractère joyeux : o Les Lilas - ou des noms d’animaux : o Les Cocas (jars en patois), remplacent le nom de Tuilerie, sans doute pour éviter les confusions entre les deux endroits aux toponymes identiques o L’Oyasse (pie en patois) o Les Alouettes o Vacherot De nouveaux sites se contentent de reprendre des noms de bois ou d’étangs voisins existants encore ou disparus depuis peu: - L’étang des Bois - Le Bois Quélin - Le Bois Droyer D’autres adoptent des noms déjà utilisés pour désigner tout le secteur, un endroit précis ou une construction voisine : - la Boëze (du vieux français « boége » : terrain en friche couverte de bruyères) - les Clapières (= lieu où vivent les lapins) - La Chaume (du bas latin calma, friche, lande) - L’Ile, Les Iles, Les Sables : terres occupées puis abandonnées par la Loire (voir cadastre de 1809). La ferme de l’Ile n’était encore qu’un immense terrain tout juste abandonné par le fleuve à la fin du XIXème siècle. - Le Haut-Moucheron - La Croix Blanche - Le Caillou Blanc (caillou en patois = sable) - La rue des Aubrelles - La Source : construit en 1877 par Mr Advenier de Chevagnes, tire son nom du ruisseau qui prend sa source dans un champ à proximité, dit "de la fontaine". Ce ruisseau traverse la cour de la ferme et approvisionnait autrefois deux "pêcheries ". La Cloche : ce lieu tient son nom du fait que les bâtiments ont été entièrement construits avec les matériaux de l’ancienne église. Parcy : peut-être du latin « pars » : portion, qui donne également « parcier » : copropriétaire Le moulin de La Crotière prend le nom du domaine voisin, Les Pacauds Legay, qui n’apparaît qu’à la fin du XIXème et qui devient Les Pelottes au début du XXème |
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